Vous êtes ici

ENTRETIEN. Alain Fruchart, la RSE comme projet de vie

Passionné de développement durable depuis 40 ans, Alain Fruchart a réussi le pari de donner vie à ses aspirations profondes au sein du groupe Fives et à travers son engagement politique dans la commune de Seclin située dans les Hauts-de-France.

 

Il semblerait que votre engagement dans la transition écologique et solidaire soit fort, à titre personnel et professionnel…

Tout à fait. Professionnellement, chez Fives FCB, je suis Responsable Organisation, Système d’Informations et Coordinateur RSE depuis 5 ans mais j’étais déjà engagé auparavant alors que l’on ne parlait pas encore de RSE. Je suis entré en 1986 dans le groupe, et cette démarche a été un fil d’Ariane dans toutes les missions que j’ai remplies au sein de plusieurs sociétés du groupe.

A titre personnel, je suis Maire Adjoint au développement durable et à la transition énergétique de la commune de Seclin. A ma prise de mandat, j’ai proposé d’adhérer à la convention des maires pour le climat et l’énergie qui comprend un volet réduction des gaz à effets de serre. Nous faisons maintenant partie des communes les plus avancées sur ce point, en visant une réduction de 50% à échéance de 2030, au-delà des pré-requis de la COP21. Cette action a d’ailleurs été récompensée par le Trophée BEGES (Bilan Gaz à Effet de Serre) décerné par l’ADEME et le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. Afin d’aller au bout de ma démarche, je souhaite  poursuivre mon engagement dans ma commune.

 

Chez Fives FCB, comment contribuez-vous aux nouveaux enjeux en matière de recyclage ?

Le groupe Fives, depuis les premières locomotives en 1850, a toujours porté l’innovation dans son ADN. L’entité Fives FCB - société d’ingénierie qui construit des usines clé en main dans le monde entier - s’inscrit dans cette lignée. L'essentiel de notre activité est centré sur la cimenterie et nous avons une activité en minéralurgie. C’est sur ce secteur de niche que nous avons créé la technologie innovante Rhodax que nous souhaitons valoriser aujourd’hui avec les bétons de déconstruction. Le Rhodax est un équipement initialement conçu pour le broyage des minerais en  libérant mieux les minéraux de leur gangue. Les tests que nous avons réalisés sur les bétons de déconstruction dans notre centre d’essai à Seclin ont démontré la qualité du procédé permettant de récupérer des granulats, des fines et du sable de qualité. Cet équipement s’adresse donc à un large panel d’industriels : plate-formes de déconstruction, grands groupes tels que Veolia et Suez, producteurs de granulats, fabricants de béton, cimentiers. Ces derniers ont d’ailleurs un enjeu majeur de réduction de leur empreinte carbone auquel le Rhodax apporte une solution nouvelle. C’est une innovation de rupture.

 

Quelles difficultés rencontrez-vous dans la promotion de cette innovation ?

Aujourd’hui, notre priorité est de conclure un contrat de partenariat avec un industriel pour mettre en place un démonstrateur Rhodax et lancer la dynamique. Mais notre principale contrainte est la capacité à faire évoluer les habitudes. A l’heure actuelle, une partie significative des bétons de déconstruction est enfouie pour combler les carrières et est alors considérée - à tort - comme recyclée. Il nous semble insensé d’enfouir ces matériaux qui ont une vraie valeur que ce soit les granulats ou les fines. Or il existe une Directive Européenne qui impose un recyclage à 70% de ces matériaux à horizon 2020.

 

Malgré ces freins, recevez-vous le soutien de certains acteurs ?

Oui, nous discutons avec plusieurs grands groupes français qui sont dans une dynamique très positive sur toute la démarche de déconstruction. On sent aujourd’hui qu’il y a une vraie volonté des industriels sur ce processus pour tous les matériaux : béton, tuiles, briques, plâtre, bois, verre… La tendance va vers une cartographie des constituants d’un bâtiment pour valoriser au maximum l’ensemble des matériaux en créant les filières de recyclage adaptées. Il existe un potentiel d’amélioration considérable.

Nous avons un second projet d’amendement au Projet de Loi sur l’Economie Circulaire, visant à l’évolution de la normalisation en créant une nouvelle classe de granulat de haute qualité qui pourra être réutilisé dans les bétons de structure. Enfin, en complément des forces économiques et réglementaires, les grands donneurs d’ordres publics ont également un rôle important à jouer.

 

Finalement, le côté pionnier du groupe Fives s’incarne également à travers sa démarche RSE…

En effet, Fives a pour objectif de mettre son expertise au service du développement de l’économie circulaire. Preuve de cette implication forte, le Rhodax a reçu le Grand Prix de l’Innovation Circulaire du groupe en 2018. Il existe une volonté forte d’être présent auprès de nos clients pour leur proposer des solutions plus vertueuses écologiquement en réduisant l’empreinte environnementale de nos équipements. Aujourd’hui, le recyclage représente un potentiel significatif à l’échelle du groupe Fives qui maîtrise des technologies de pointe pouvant être utilisées plus largement. Et notre présence sur les cinq continents, notamment sur des marchés sur lesquels l’empreinte environnementale constitue un critère important, est un atout majeur.

 

De quelle manière collaborez-vous avec le pôle de compétitivité TEAM2 sur ces enjeux d’innovation circulaire ?

Sans TEAM2 on ne parlerait pas de béton de déconstruction. En 2014, j’ai rencontré Christian Traisnel - Directeur de TEAM2 - dans le cadre d’un workshop sur l’économie circulaire qu’il animait. De cette rencontre a germé l’idée d’utiliser la technologie Rhodax, qui existait dans le groupe depuis 20 ans mais pour d’autres utilisations. Nous avons réalisé les premiers essais en 2017 qui se sont avérés concluants. Au fil du projet, TEAM2 nous a apporté un appui logistique, une aide pour mieux comprendre les nouveaux marchés et leurs enjeux, un accompagnement sur les possibilités de financement de l’innovation. Nous avons donc tissé des liens professionnels solides. D’ailleurs, nous poursuivons notre collaboration cette fois sur le projet Minertech, avec la Région Hauts-de-France, dans le but créer une plateforme d’essais des technologies de valorisation des minéraux et matériaux.

 

Dernière question, que pouvons-nous vous souhaiter pour 2020 ?

Professionnellement je souhaiterais la conclusion d’un premier contrat avec un démonstrateur pour le Rhodax et personnellement j’aimerais continuer à m’engager à Seclin afin de démultiplier la dynamique de transition écologique et solidaire déjà lancée.

 

Date de publication : 23 décembre 2019