Vous êtes ici

ENTRETIEN. Christophe Deboffe, créateur de boucles vertueuses

Après une carrière dans de grands groupes industriels, Christophe Deboffe a crée Néo-Eco pour concevoir des boucles d’économie circulaire En quelques année, cette pépite du Nord a développé un savoir-faire reconnu par les collectivité territoriales, distributeurs, industriels… Son fondateur se confie à nous sur son engagement avec sincérité et passion.

 

Vous décrivez Néo-Eco comme un créateur de boucles d’économie circulaire…

Tout à fait. Néo-Eco est une société d’ingénierie qui a commencé à créer les premières boucles d’économie circulaire il y a 12 ans, avant que tout le monde n’en parle. Je souhaitais alors innover dans le recyclage. Plutôt que de faire des balles de déchets à exporter, j’ai préféré les recycler !  La logique est simple : à partir d’un déchet et des matières qui le composent, nous développons des éco-produits et éco-matériaux. Aujourd’hui nous sommes 25 ingénieurs, avec le centre technique à Lille, des antennes à Paris, Lyon, Nantes et bientôt Marseille car les particularités locales sont importantes. On a la même méthodologie mais on n’écrit pas la même histoire partout.

 

Dans cette activité, sur quels types de déchets êtes-vous spécialisés ?

Nous traitons tous types de déchets solides. Aujourd’hui, l’essentiel de notre activité est concentré sur les déchets minéraux qui représentent 80% du volume de déchets en France. Notre objectif est de déconstruire un bâtiment de la manière la plus durable et la plus respectueuse de l’environnement en privilégiant le réemploi, en démontant bien le second oeuvre pour le diriger vers les bonnes filières de valorisation, en valorisant les fractions minérales pour recréer un béton normé… Nous travaillons également sur les sédiments de dragage fluvial et portuaire.

Notre seconde activité est la fabrication d’éco-produits à la demande d’un distributeur - pour satisfaire ses clients - ou d’un industriel pour valoriser ses déchets. Chez Néo-Eco nous faisons le lien entre les deux parties. Par exemple, il y a plus de 10 ans nous avons conçu les premières lames de terrasses à partir de PVC de fenêtres recyclées et de bois de palettes pour des grandes enseignes de bricolage. Depuis, nous avons développé 300 éco-produits et matériaux.

 

Comment lance-t-on une nouvelle boucle d’économie circulaire ?

Le propre d’une boucle d’économie circulaire, c’est qu’elle peut démarrer de n’importe où : un distributeur, un industriel, un gestionnaire de déchets, un territoire… l’important c’est de démarrer à un endroit avec un sponsor interne qui a envie de changer les choses. Une fois le projet lancé, un des atouts des acteurs français est de savoir travailler en mode collaboratif ; on arrive à réunir des entreprises complémentaires pour concevoir une offre à 360°. Par exemple, dans la META (le GIE Lillois créé par Vilogia et LMH pour le renouvellement urbain), on voit bien que cela fonctionne quand on met tout le monde autour de la table : grands constructeurs, bailleurs sociaux, entreprises de traitement des déchets, acteurs de l’économie sociale et solidaire, de la R&D…

 

J’imagine qu’il peut y avoir certaines appréhensions également…

Le premier frein est d’ordre psychologique : peur du changement, de ne pas remplir les normes… Nous levons ces objections en nous appuyant sur des données scientifiques et sur nos références. Le plus dur est de faire la boucle d’économie circulaire une première fois. On a des acteurs qui vont résister un peu. Mais une fois qu’ils ont créé leur première boucle, ils font la deuxième puis la troisième. Aujourd’hui, pour une boucle créée on en recrée trois !

 

Pensez-vous que le contexte actuel soit favorable au développement de l’économie circulaire ?

Tout à fait, je suis assez optimiste. La loi sur la transition énergétique laisse plus de place à la valorisation en rendant de plus en plus cher l’enfouissement des déchets. Les modes de consommation individuels évoluent. Il y a aussi un aspect générationnel. La génération Z ne se pose pas de question, elle est beaucoup plus « éthique ». Ces consommateurs qui arrivent sur le marché font changer les choses. Cela va faire naitre de nouveaux acteurs, engendrer des transformations et peut être en faire disparaitre.

 

Quels inconvénients engendre cette mutation ?

Ces changements remettent en question les habitudes de quasiment tous les acteurs : les industriels en incorporant des matières alternatives dans leurs procédés, les donneurs d’ordres qui doivent adapter leurs cahiers des charges, les distributeurs qui font le pari que le consommateur va acheter une matière alternative… Mais c’est la profession de collecteur-valorisateur de déchets qui est la plus touchée. Ils doivent changer de métier et inventer un nouveau business model. Ils en ont conscience mais ça n’est pas forcément évident.

 

Dans ce contexte, quels sont les enjeux de l’économie circulaire ?

Je pense qu’il faut continuer d’accélérer la prise de conscience. Cela se fait à tous les niveaux. En fait, l’économie circulaire c’est le pouvoir par le bas ; chacun peut s’en emparer. C’est un cercle hyper vertueux qui permet de donner du sens. Par exemple, lorsque l’on déconstruit un bâtiment, si l’on en valorise les matériaux, on garde cette valeur en local, on crée de l’emploi de plus en plus qualifié, on préserve les ressources naturelles… Cela génère des économies de transport, de CO2… et, en contrepartie, on génère du lien social.

Mais attention, il ne faut pas faire n’importe quoi au nom de l’économie circulaire. Pour chaque projet nous réalisons une étude socio-économique pour évaluer le bilan carbone, les ressources préservées, les emplois créés… en prenant en compte la chaîne de valeur dans sa globalité. Nous mesurons aussi l’innocuité environnementale des éco produits ou éco matériaux que l’on développe.

 

Quel est votre lien avec le Pôle de compétitivité TEAM2 ?

Quand j’ai créé Néo Eco, Christian Traisnel est l’une des premières personnes que j’ai rencontrées. Dès sa création j’ai adhéré à TEAM2 qui réunit tous les acteurs qui ont envie de faire bouger les choses dans l’économie circulaire. Puis je me suis investi et je fait parti du Conseil d’Administration depuis plusieurs années. Le Pôle nous a également accompagnés sur 6 projets d’innovation au fil des 10 dernières années. Et puis chez TEAM2 comme Néo-Eco, nous sommes des purs produits du Nord. Dans les Hauts-de-France on a eu beaucoup moins d’a priori par rapport au recyclage, parce que l’on a connu les friches industrielles, parce que la région a fait beaucoup pour promouvoir les matières alternatives. Nos friches qui étaient des handicaps sont devenues une force, on sait aider d’autres territoires en France à passer vers plus de circulaire.

 

Votre enthousiasme est contagieux qu’est ce qui vous anime ?

Le plus important pour moi c’est d’avoir une équipe qui prend du plaisir à porter l’économie circulaire le plus haut possible et partout. On est dans un moment où tout est possible.  J’ai la chance d’avoir un métier qui me passionne : décloisonner, apporter du liant entre des personnes qui ne se parlaient pas mais sont voisines et leur montrer que l’on peut faire des choses extraordinaires en travaillant ensemble. Ce ne sont que de belles histoires que l’on écrit, des histoires qui ont du sens.

 

Date de publication : 17 décembre 2019