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ENTRETIEN. EMISYS, L’ART D’ALLIER GESTION DE PROJET ET ECONOMIE CIRCULAIRE

Après une carrière à 100% dans la gestion et le pilotage de portefeuilles de projets dans l’industrie et 17 ans chez Eurotunnel où il manageait une quarantaine de chefs de projets, Eric Loots a pris la direction de l’agence EMISYS de Lille il y a 3 ans. Carole Magniez, coordinatrice de projets d’innovation et de recherche, l’a rejoint il y a 18 mois pour développer des activités pour l’incubation, le montage et la gestion de projets collaboratifs axés notamment sur l’économie circulaire. Découvrez comment la gestion de projet intègre de plus en plus les paramètres environnementaux dans cette interview croisée d’Eric Loots et de Carole Magniez.

 

Pourriez-vous me présenter la société EMISYS et vos missions ?

EL : EMISYS est une société de conseil créée en 2010 et spécialisée en management de projets. EMISYS accompagne ses clients à travers des offres sur-mesure sur tout ou partie des projets à travers plusieurs types de prestations : la gestion de projets (AMOA-AMOE), la conduite du changement, le diagnostic des organisations de projets, l’accompagnement et la formation en management de projet. Notre équipe réunit 200 collaborateurs qui sont directeurs de projets, chefs de projets, PMO, chargés d’affaires… toutes les compétences liées au management de projet. Nous intervenons dans tous les secteurs d'activité : le transport, l'énergie, la santé, l'industrie, le nucléaire… avec nos 6 agences implantées à Grenoble, Lyon, Aix-en-Provence, Toulouse, Paris et Lille. Nous accompagnons des clients essentiellement basés en France et avons quelques missions à l’étranger..

CM : Je suis arrivée chez EMISYS il y a 18 mois pour développer une offre de montage de projets collaboratifs. Une grande partie des projets d’innovation construits comportent un volet dédié à  l’économie circulaire. Ces projets concernent principalement le domaine ferroviaire dont l'enjeu est de rester un transport « vert », moins polluant que l’aéronautique et l’automobile. Logiquement, je me suis rapprochée de TEAM2 dont les valeurs sont proches de celles d’EMISYS. J'ai donc proposé à la direction de EMISYS d’adhérer au pôle et nous avons commencé à travailler sur des projets d’innovation et de recherche collaboratifs avec TEAM2 et des partenaires de la région.

 

Sur quels projets travaillez-vous actuellement avec TEAM2 ?

CM : Nous avons des projets très axés sur le ferroviaire notamment sur l'économie circulaire du ballast et des traverses béton. Les produits de dépose des voies ferroviaires sont des matériaux de haute qualité qui peuvent avoir une valeur ajoutée importante.  Nous avons aussi un projet sur les boucles d'économie circulaire et l'amélioration de la logistique sur les bases arrière des travaux SNCF Réseau. Dans l'automobile, nous avons l’ambition de monter prochainement un projet sur le recyclage des chutes textiles pour la fabrication de pièces sous capot moteur, qui pourrait être labéllisé par TEAM2 .

 

Est-ce que cet enjeu d'économie circulaire est également pris en compte dans les autres secteurs d’activité des clients d’EMISYS ?

EL : De plus en plus d'industriels souhaitent prendre en compte l'économie circulaire dans leurs projets. Avant, il y avait une approche investissement/retour sur investissement sans prise en compte de ces paramètres. En accompagnant nos clients, nous apportons des compétences mais également une certaine culture pour intégrer ces enjeux.

CM : J'ai commencé à voir une évolution il y a 2-3 ans, lorsque certains industriels ont commencé à intégrer, en plus de l'analyse en cycle de vie (ACV), une analyse des boucles d’économie circulaires. Depuis une petite année, nous constatons que la nécessité de créer des boucles d'économie circulaire est intégrée dans les programmes d’innovation.

EL : L’enjeu d’économie circulaire doit être pris en compte dès l'avant-projet sommaire d’un projet car, après, il est déjà trop tard.

CM : Et l’optimisation de l’impact environnemental dans les projets d'innovation est désormais une obligation ; auparavant c'était uniquement de l'ACV et aujourd'hui il s'agit de créer des boucles d'économie circulaire même pour des petites entreprises.

 

Comment ces enjeux font-ils évoluer votre manière d’accompagner les entreprises ?

CM : Notre mission est de construire et de gérer les projets donc nous essayons de nous appuyer sur les compétences en économie circulaire de nos partenaires. Pour nos clients, nous identifions les outils d’aide à la décision qui vont leur permettre de se projeter, d’évaluer les impacts et nous travaillons sur des modèles économiques de faisabilité et de rentabilité à long terme. Par exemple, la SNCF Réseau fait des boucles d'économie circulaire avec du ballast en le recyclant. En revanche, on ne connaît pas le comportement du ballast recyclé sur le long terme. Avec les laboratoires, nous travaillons à l'élaboration d'un modèle prédictif du comportement du ballast après plusieurs vies et ce que l’on pourra en faire en fin de vie. Donc nous sommes à la fois sur les études scientifiques en amont, sur les outils de modélisation et des évaluations économiques destinées à convaincre les dirigeants de l'intérêt de ces boucles d'économie circulaire dans les concepts innovants.

 

Quel regard portez-vous sur les acteurs de l'économie circulaire en France ?

CM : Dans les exemples que j’ai en tête, par rapport aux projets sur lesquels je travaille, j'ai constaté que l'Europe du Nord était un peu plus avancée que l'Europe du Sud. Je ne veux pas être caricaturale mais, par exemple, il y a 7 ans, le groupe Volvo Truck était déjà très impliqué sur les boucles d'économie circulaire. Et récemment, nous avons collaboré avec un grand centre de recherche finlandais - VTT - qui nous semble également plus avancé sur la protection de l'environnement que les partenaires français.

 

Justement, qu'est-ce qui favorise ou au contraire freine les acteurs français dans leur évolution ?

CM : Je pense que c'est le manque d'outil et le manque de compétence à disposition dans les entreprises.

EL : Je crois que le frein c’est également un enjeu économique. De mon expérience en gestion de projet, je pense que ce qui pourrait aider tient à la capitalisation et aux amortissements liés à l'acquisition du matériel. Par exemple, j’achète un équipement qui a une durée de vie de 30 ans. Si je dois le renouveler au bout de 25 ans, cela me coûte de l'argent pour le sortir des comptes. Du coup, ce matériel est stocké dans un coin d'atelier pour ne pas le sortir des comptes alors qu'il pourrait y avoir des aides au renouvellement via le recyclage ou le démantèlement. La sortie des comptes qui s’additionne aux coûts de démantèlement coûte cher. Au lieu d’avoir des wagons ou des lignes de fabrications industrielles à l'abandon pendant 5 ou 10 ans, il serait préférable d'inciter au démantèlement. En plus, cela générerait des emplois et de l’activité, et cela améliorerait l’impact environnemental.

 

Aujourd'hui, chez EMISYS, quels sont vos projets à moyen et long terme en matière d’économie circulaire ?

CM : Sur la partie innovation, c'est totalement intégré avec l’ACV à laquelle nous souhaitons associer des modèles numériques de dégradation des matériaux et systèmes, de façon à prendre en compte tout le cycle de vie du produit et à maintenir ses performances pendant toute sa durée d’utilisation. Également, dans chaque programme que nous lançons, nous essayons d'associer des jalons sur l'économie circulaire et l’impact économique et environnemental au fil du projet, afin qu’il soit bien aligné avec ce qu'appelle la Commission Européenne le « Green Deal ». Nous nous intéressons également beaucoup au maintien de la biodiversité qui sera au cœur des préoccupations d'ici 4 à 5 ans.

EL : Pour la partie accompagnement de projets, nous apportons notre vision et alertons les clients sur les impacts environnementaux. Nous essayons de favoriser le réemploi et de donner une seconde vie au matériel qui n’est  plus utilisé, d’autant plus que cela permet de faire des économies.

 

La société EMISYS est-elle identifiée pour cette compétence en économie circulaire par les clients ?

EL : EMISYS Lille est une agence jeune qui est reconnue pour l’accompagnement en management de projet, notamment grâce aux équipes expérimentées. La partie innovation, couplée avec l’économie circulaire, est encore récente mais nous sommes convaincus que ces valeurs qui nous tiennent à coeur peuvent faire la différence.

CM : Et la région Hauts-de-France est particulièrement dynamique en matière d’économie circulaire.

 

Justement, travaillez-vous avec d'autres adhérents du pôle de compétitivité TEAM2 ?

CM : Tout à fait, il y a Arcelor Mittal, Liberty Aluminium, WeLoop, le groupe Eiffage, Eqiom et NéoEco qui sont des sociétés avec qui nous travaillons ou qui sont des partenaires des projets collaboratifs que nous essayons de construire actuellement.

EL : Sur des projets transverses, la valeur ajoutée d’EMISYS est d’être capable de réunir, de concentrer et de fédérer des acteurs différents - laboratoires, partenaires académiques, industriels - sur des sujets communs complexes. Un peu comme TEAM2, nous avons un véritable rôle de « catalyseur » en la matière !

 

Que pouvons-nous vous souhaitez pour la suite de 2020 ?

EL : Nous souhaitons continuer de mobiliser notre réseau au service des projets des entreprises pour préserver notre environnement.

CM : Nous souhaitons aussi développer des projets de plus en plus prégnants sur l’économie circulaire pour alimenter la commission Green Deal de la Commission Européenne au mois de septembre. Nous souhaiterions notamment concrétiser deux projets emblématiques au niveau français sur les secteurs du bâtiment et du transport.

 

Par Amandine Clémençon pour TEAM2 | Date de publication : 08 octobre 2020