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ENTRETIEN. FRANCOIS SALMON, LA PASSION DE l’INDUSTRIE ET DU RECYCLAGE

Ingénieur issu d’une famille d’industriels du Nord, François Salmon a toujours souhaité diriger une entreprise industrielle. En 2007, après une carrière chez de grands noms de la fabrication de biens d’équipement et de la distribution, son voeu se réalise avec la reprise des entreprises « soeurs » SERVIPACK et DECOVAL qui appartiennent au même dirigeant. La première est spécialisée dans la conception, la fabrication et le SAV de biens d’équipement pour le traitement des déchets et la seconde en assure la commercialisation.

 

Vous avez repris DECOVAL-SERVIPACK en 2007, mais de quand date la création de cette entreprise ?

La société a été créée en 1991, au tout début des centres de tri et des besoins de réduction de volume grâce au broyage et au compactage. Elle avait été fondée par cinq anciens salariés de l'entreprise Selosse spécialisée dans les presses à balles. En complément, elle avait développé des solutions de broyage et réduction de volume  des déchets, notamment Déchets Industriels Souillés (DIS). Ses clients étaient déjà les centres de traitement des déchets, l'industrie et les collectivités. A l’époque, il n’y avait pas les grands groupes actuels mais plus de petites sociétés récupérateurs ou recycleurs régionaux. En 2007, la société comptait 20 personnes pour un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros et aujourd'hui nous sommes 33 collaborateurs pour un chiffre d'affaires de 5 millions d’euros.

 

Vous êtes à la fois bureau d’études, fabricant et revendeur, comment combinez-vous ces métiers ?

Aujourd’hui, notre métier principal tourne autour de la revalorisation de la matière contenue dans les rebuts ou déchets. Nous sommes positionnés sur plusieurs marchés : les collecteurs de déchets industriels et ménagers, l’industrie en général et les centres logistiques. L’analyse de la problématique du client nous permet de proposer  des équipements - presse à balles, broyeurs et compacteurs - complètement intégrés à leur environnement en nous appuyant bien souvent sur des prestations d’ingénierie grâce à notre bureau d'études qui conçoit des ensembles sur-mesure. L’essentiel de notre activité se fait en France ainsi qu’en Belgique. Nous avons 2 particularités. La première est que nous proposons à la fois nos propres fabrications ainsi que des équipements complémentaires français ou étrangers en tant qu’intégrateur. La seconde est notre compétence en SAV, que nous réalisons pour nos propres installations ainsi que pour compte de tiers. Nous accordons beaucoup d’importance au service vis-à-vis de nos clients et sommes susceptibles d’intervenir sur des matériels qui ne sont pas les nôtres, notamment les broyeurs.

 

Lorsqu’un client vient vous voir avec une problématique, comment procédez-vous ?

Notre objectif est d’apporter la réponse adéquate aux besoins du client, grâce aux équipements les plus pertinents et de l’accompagner sur la durée avec un service de qualité. Lorsqu’un client vient nous voir avec un problème précis, nous apportons un conseil sur le processus à mettre en oeuvre et les équipements adéquats, quitte à adapter nos propres équipements. En ce sens, nous ne sommes pas loin des machines spéciales. Nous réalisons très souvent des tests en laboratoire sur des machines-essais de manière à étudier le comportement des matériaux. Nous maîtrisons ainsi les différentes briques technologiques à associer pour répondre aux besoins du client avec  les automatismes à mettre en œuvre. Nous avons donc un rôle d’intégrateur et nous choisissons les meilleurs composants en France ou à travers des partenariats forts avec des constructeurs étrangers. Par exemple, lorsque l’enfouissement des matelas et sommiers a été interdit, nous avons inventé  une machine permettant de dissocier les ressorts de la partie textile du matelas lorsque ces ressorts étaient cousus individuellement sur la partie textile. Depuis, nous avons équipé trois usines pour la société Recyc Matelas et en préparons  une quatrième.

 

Vous n’êtes pas issu du secteur du recyclage, quel regard portez-vous sur cet univers ?

Je trouve que c’est un secteur attachant avec des personnes de conviction, c’est un métier qui a du sens en étant au cœur de l’économie circulaire. C’est d’ailleurs un élément de motivation pour les équipes. L’avenir est devant nous car nous avons encore tout à inventer. En effet, la recyclabilité n’a pas de limite. Chaque jour, on découvre de nouvelles problématiques, de nouveaux besoins de revaloriser telle ou telle matière. L’autre jour, par exemple, un fabricant de boules de billard est venu me demander de recycler ses rebuts de production qu’il souhaitait réemployer. Le recyclage est un métier de passion extrêmement varié.

 

Quelles évolutions percevez-vous dans l’économie circulaire ?

En 15 ans, les esprits se sont ouverts et, aujourd’hui, de plus en plus d’acteurs se disent « pourquoi pas ? ». Mais, avant de se plonger dans les essais techniques, la première inconnue à valider est celle de l’équation économique. C’est en ce sens que nous conseillons nos clients car, du fait de notre expérience, nous parvenons à leur donner une évaluation de la rentabilité dès l’avant-étude. Pour avancer, il faut aussi de réelles motivations. Cela ne manque pas car je rencontre de plus en plus de passionnés qui ont des idées. Et, de notre côté, lorsque nous croyons au projet d’un créateur, nous sommes capables d’investir pendant 12 à 18 mois. Actuellement, nous sommes sur 3-4 projets auxquels nous croyons. Nous avons le goût et la capacité de le faire grâce à notre maîtrise des technologies mécaniques, hydrauliques et automatismes à petite échelle.

 

En matière d’innovation, quelles tendances constatez-vous ?

Au niveau technologique, beaucoup de choses ont bougé dans le secteur du tri ces 20 dernières années. Par exemple, pour accompagner le tri de plus en plus spécifique, on est passé de broyeurs généralistes à des matériels spécialisés en s’appuyant sur des technologies aérauliques, optiques ou de reconnaissance des matériaux. Nous ne les fabriquons pas mais nous sommes en mesure de les intégrer dans nos solutions. En revanche, je constate un manque de coordination au niveau national sur le tri des déchets ménagers qui limite la capacité d’optimisation des process. Il serait souhaitable d’aller vers une harmonisation mais cela devient compliqué maintenant que les centres de tris se sont adaptés. Finalement, les grandes évolutions se produisent lorsque l’évolution technologique rencontre la volonté politique comme ce fut le cas avec la création des éco-organismes.

 

Vous êtes membre du Club des Equipementiers Français du recyclage de TEAM2, qu’est-ce qui vous a incité à y adhérer ?

J’ai adhéré au projet du club qui porte un objectif ambitieux, celui de faire émerger un groupe d’industriels français spécialisés dans le recyclage afin de les promouvoir sur le marché. C’est une démarche au long cours car nous constatons que les clients ne sont pas particulièrement sensibles au Made in France. Cette démarche fédérée prendra certainement du temps mais cela en vaut la peine.

 

Dans le contexte actuel, quels sont vos objectifs pour le développement de DECOVAL - SERVIPACK ?

Nous souhaitons poursuivre notre développement en particulier sur la partie service avec l’entretien et la réparation du matériel installé chez nos clients et chez les non-clients. Nous souhaitons également continuer d’accompagner nos clients qui nous font confiance avec créativité et qualité de service. Pour cela, il est prévu de renforcer nos équipes techniques et notre bureau d’études. Malheureusement, des métiers tels que soudeur, peintre industriel, électrotechnicien ou mécanicien sont en tension. Il est dommage que ces formations disparaissent alors qu’il existe de réels débouchés et besoins dans l’industrie. Nous avons besoin de créer des vocations. Pour cela, nous recevons les élèves des lycées proches pour leur montrer que l’industrie n’est pas forcément « sale » et recevons de nombreux stagiaires dans nos ateliers.

 

Et pour la suite de 2020, que pourrions-nous vous souhaiter ?

Pour cette année, nous sommes sereins car nous enregistrons la meilleure progression de chiffres d’affaires de ces 5 dernières années. Cependant, nous restons vigilants car la visibilité pour les prochains mois est plus incertaine, notamment dans l’industrie. Mais nous restons enthousiastes car nous avons la chance de travailler dans un secteur d’avenir porteur de sens et d’énergie !

 

Amandine Clémençon pour TEAM2 | Date de publication : 16 octobre 2020