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ENTRETIEN. GROUPE ORTEC, PRESERVER LES RESSOURCES EN MATERIAUX ET EN EAU

Il était parmi les tous premiers adhérents de TEAM2 en 2010. Dix ans plus tard, Laurent Siblot mesure le chemin parcouru avec le pôle et au fil de son expérience dans la déconstruction, le désamiantage et la dépollution des friches industrielles. Il revient avec nous sur son expérience jusqu’à son arrivée chez Ortec Générale de Dépollution en début d’année et les enjeux de cette filière amenée à se développer.

 

Vous avez été l’un des membres fondateurs de TEAM2 il y a 10 ans…

En effet, je connaissais bien son directeur Christian Traisnel et, à la création du Pôle en 2010, j’ai rejoint le petit groupe qu’il avait réuni autour de la table. Il fallait un président, un trésorier, un secrétaire… je me suis présenté au poste de vice-président car cela m’intéressait et j’ai été élu. En parallèle de cette vice-présidence, je co-fondais un bureau d’études spécialisées dans la maîtrise d’œuvre de projets de déconstruction, désamiantage et dépollution des friches industrielles. C’était deux naissances en parallèle en quelque sorte !

 

Quels étaient les enjeux de cette filière à l’époque ?

Il y a 10 ans, la filière de déconstruction, désamiantage et dépollution de bâtiment était encore à ses prémices et je souhaitais faire évoluer les cahiers des charges des entreprises de travaux afin de trier les matériaux avant de les renvoyer dans les filières de valorisation ou même de les réemployer sur place.

 

Récemment vous avez rejoint le Groupe Ortec, qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Il y a deux ans, j’ai quitté le bureau d’études que j’avais co-fondé et j’ai souhaité intégrer le Groupe Ortec. Au fil de mon parcours, j’avais travaillé en bureau d’études ingénierie, puis en maîtrise d’œuvre donc la suite logique était de passer aux travaux. Pourquoi chez Ortec ? Parce que cette entreprise partage des valeurs humaines très importantes : c’est un groupe indépendant et familial créé par monsieur André Einaudi dans les années 90. Nous comptons aujourd’hui plus de 11 000 collaborateurs, nous sommes déployés sur les 4 continents et nous pesons 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. C’est un groupe qui attache beaucoup d’importance à la qualité humaine en laissant une relative autonomie aux personnes. Par exemple, Monsieur Einaudi fait actuellement le tour des agences en France car il n’a pas pu organiser de rassemblement cette année, à cause de la crise sanitaire.

 

Comment se répartissent les métiers du Groupe Ortec ?

Le groupe réunit 160 agences en France et à l’international dans des domaines allant de l’ingénierie aéronautique, à la pétrochimie et à l’environnement. Pour ma part, j’ai la responsabilité de l’agence Nord-Est d’Ortec Générale de Dépollution - OGD - qui appartient au Pôle Global Services spécialisé dans l’environnement.

 

Pourriez-vous me décrire les activités de votre agence ?

La société OGD représente 120 personnes avec quatre activités principales : la dépollution des sols et des nappes, la gestion des déblais et des matériaux, le démantèlement de sites industriels et la valorisation de matériaux et de déchets. Nous faisons de l’ingénierie et de la réalisation de travaux et nous avons la particularité d’avoir déployé plusieurs plateformes de gestion des déblais et matériaux ; nous en comptons 8 sur le territoire. Nous avons des filières de traitement des déchets en propre qui peuvent travailler indépendamment ou en lien avec nos autres activités. Nous couvrons donc toute la chaîne de valeur de notre métier. Ainsi nous pouvons apporter notre valeur ajoutée que ce soit dans le cadre de travaux ou de traitement et valorisation des terres grâce à nos plateformes et ce de manière indépendante. Par exemple, dans le cadre d’un projet immobilier où le délai est un enjeu capital, nous allons proposer des excavations et du traitement hors site sur nos plateformes. A contrario, si nous sommes sur un projet industriel où nous avons plus de temps, nous allons privilégier un traitement des pollutions in situ sans transport. Je tiens à préciser que nos plateformes ne sont pas réservées aux chantiers réalisés par OGD, elles proposent leurs services à d’autres sociétés de dépollution ou de terrassement, et elles offrent souvent un bord à quai pour favoriser le transport fluvial.

 

Quels sont les matériaux sortants après valorisation sur vos plateformes ?

Nous avons un objectif de valorisation de 80% des matériaux entrants - enrobés, déblais fins et grossiers - que nous transformons en sous-couche routière ou de remblais pour différents usages. L’essentiel de notre traitement est orienté sur la classification et le traitement biologique. Nous avons ensuite des déchets plus ultimes qui partent dans d’autres filières de traitement en passant par des opérations de lavage, de traitement thermique ou autres afin de dépolluer le déchet avant qu’il parte en enfouissement, en valorisation matière ou un autre exutoire ultime. Par ailleurs, dans certains cas, la pollution n’est pas chimique mais végétale. Par exemple, notre plateforme de Sante à côté de Lille traite des terres polluées par des rhizomes de Renouée du Japon. Notre plateforme permet d’éviter d’avoir dans ce cas recours à l’incinération ou l’enfouissement.

 

Lorsqu’un client vous sollicite avec une demande spécifique, comment y répondez-vous ?

Nous avons souvent des « moutons à cinq pattes » et c’est ce qui fait l’intérêt de nos métiers. A l’agence nous avons un bureau d’études qui élabore une solution grâce à une réflexion interne partagée au niveau national au sein d’OGD voire en s’appuyant sur les synergies d’autres sociétés du groupe. Notre quotidien est fait de ces cas atypiques qui sortent de la solution classique « pelle-camion ». Et quelle que soit la solution proposée, notre priorité est avant tout d’assurer la sécurité des salariés du groupe sur le site à dépolluer. Et puis nous devons trouver la bonne filière de traitement qu’elle soit en France ou à l’étranger.

 

Comment voyez-vous l’évolution des métiers de l’économie circulaire ?

Jusqu’à présent, on a beaucoup parlé de déchets de manière négative mais certains de ces déchets vont redevenir des matériaux. Dans certains cas, nous avons encore suffisamment de ressources mais, demain, nous allons devoir préserver ces ressources en les recyclant. Il faut toutefois le faire en connaissance de cause. A une époque, on a réutilisé à tort et à travers des mâchefers, des laitiers… uniquement pour leurs propriétés mécaniques, sans se soucier de leurs propriétés chimiques. Ainsi, en voulant bien faire, on a parfois diffusé de la pollution. Alors qu’aujourd’hui, lorsque l’on parle de valorisation de 80% des ressources de nos plateformes, les matériaux sont caractérisés en sortie de manière à garantir leur qualité et leur innocuité environnementale. Par ailleurs, nous travaillons de plus en plus en amont et en mode collaboratif. Sur certains projets d’aménagements, nous travaillons dès la conception. Rien n’est plus intéressant que de mettre autour de la table un bureau d’études environnement, une société de travaux environnement, un architecte, un acousticien, un thermicien de façon à bâtir le projet de demain en prenant en compte toutes les caractéristiques, plutôt que de découvrir en phase de travaux ou d’avant-travaux des dysfonctionnements. Les aménagements et les bâtiments de demain passeront par une grande concertation des acteurs. En adhérant à TEAM2, on peut  d’ailleurs rencontrer des gens d’horizon très divers et confronter nos problématiques ce qui permet d’avancer de façon très constructive.

 

Selon vous, quels sont les prochains enjeux de la filière de l’économie circulaire ?

Il faudrait d’abord penser la réglementation et son application à l’échelle plus large que chaque état car, aujourd’hui, la réglementation n’est pas uniforme entre les différents pays d’Europe. Par exemple, quelque chose de catégorisé comme déchet en France peut être considéré comme matériau en Belgique. Sur la sortie du statut de déchets nous n’en sommes qu’aux prémices, nous avons fait peut-être 15% du chemin. Donc beaucoup de choses restent à écrire dans ce sens-là. Il existe également un enjeu fort de préservation de la ressource en matériaux et en eau. Dans les Hauts-de-France, les ressources en eau sont sous nos pieds et nous devons protéger les sols et les nappes. Il faudrait d’ailleurs que cela soit géré de la même façon de part et d’autre des frontières. Enfin, sur le plan économique, les déchets ont longtemps été destinés à l’enfouissement en décharge. Aujourd’hui, les recycler coûte un peu plus cher. Donc nous allons devoir être capables d’absorber cette différence de prix pour protéger l’environnement. Puis arrivera le moment où ces ressources recyclées seront plus économiques que les ressources naturelles.

 

Face à ces évolutions et ces enjeux, quels sont les objectifs d’OGD ?

Afin de coller à ce contexte, nous faisons de la recherche et développement, de la veille réglementaire et de la veille technique et nous partageons beaucoup l’information en interne. Notre objectif est d’innover pour trouver des solutions différenciantes. Le pôle TEAM2 constitue aussi un creuset d’innovation grâce aux interactions que nous avons avec ses autres membres. Par exemple, dans le cadre d’un projet de dépollution au mercure, j’ai sollicité les adhérents spécialistes du recyclage des métaux stratégiques. Il y a au sein du pôle une grande richesse de métiers complémentaires avec des membres curieux d’apprendre au contact des autres. De plus, depuis la crise sanitaire, nous avons entrepris une réflexion sur de nouvelles activités et de nouveaux développements au sein du groupe Ortec. Nous avons donc plein de projets dans les cartons !

 

Amandine Clémençon pour TEAM2 | Date de publication : 05 novembre 2020