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ENTRETIEN. LIXO, L’IA AU SERVICE DE L’ENVIRONNEMENT

En octobre 2019, Marjorie Darcet a cofondé LIXO avec Olivier Large. Leur objectif : offrir des solutions exploitables à grande échelle grâce à leur capacité technique en IA et en robotique. Après avoir passé 6 mois sur le terrain pour comprendre les besoins du marché dans les centres de tris et les tournées de collectes de déchets, ils conçoivent la solution de caractérisation des déchets LIXO. Leur premier marché cible est celui des déchets ménagers mais ils envisagent déjà de se diversifier vers d’autres applications telles que les déchets du BTP, les DEEE, la méthanisation ou la valorisation énergétique.

 

Pour commencer, pourriez-vous nous présenter LIXO ?

LIXO est une solution de caractérisation qui permet d'analyser les flux de déchets pour en identifier les composants, qu’il s'agisse de matériaux ou d’objets. Notre spécificité réside dans notre capacité à fournir les informations de caractérisation en continu et en direct, ce qui n’existe pas pour le moment. Actuellement, la caractérisation se fait en amont ou en aval du processus, elle requiert une intervention humaine et le contrôle est réalisé par prélèvement manuel d’échantillon, ce qui est donc non exhaustif, chronophage, difficile et cher. En revanche, cela a la vertu d'être précis. La solution LIXO, elle, est à la fois précise, en temps réel, en continu et analyse l’intégralité des flux.

 

Comment la solution LIXO fonctionne-t-elle ?

LIXO fonctionne avec 3 briques technologiques. La première est un petit boîtier que l'on installe dans les camions, dans les centres de tri, ou chez les recycleurs/régénérateurs, et qui comprend une caméra et un micro-ordinateur. La seconde brique est composée d’algorithmes de reconnaissance d'image qui analysent les images captées par la caméra et envoient les résultats à nos serveurs qui permettent d'afficher un tableau de bord. Ce tableau de bord constitue la troisième brique accessible à tous les utilisateurs qui peuvent ainsi consulter des indicateurs pertinents tels que le débit, la composition des flux, le type de contaminant et la quantité de contaminants dans les flux. Par exemple, si l’on constate une forte contamination à l’aluminium dans des déchets plastiques, cela peut révéler un dysfonctionnement dans le traitement en amont (flux trop important, blocage, bourrage…).

 

Qui sont vos clients ?

Nos clients sont de trois types : les collecteurs d'ordures ménagères, les centres de tri et les recycleurs. Aujourd'hui nous travaillons principalement sur les ordures ménagères via la collecte sélective. Nous plaçons les boîtiers directement dans les camions afin d'être capables d'analyser les flux pendant la collecte. Cela permet de comprendre quels sont les quartiers dans lesquels le tri est moins efficace et surtout d'en comprendre les raisons. En ce qui concerne les centres de tri et les recycleurs, le boîtier est placé en amont, à l’intérieur ou en sortie de process.

 

Quelle est la valeur ajoutée de LIXO pour les clients ?

Pour nos clients il y a une double valeur ajoutée. Tout d’abord, LIXO leur permet de mieux piloter les opérations en comprenant en temps réel ce qu'il se passe afin de réallouer les ressources  humaines intelligemment ou encore de modifier les réglages machine lorsqu’un dysfonctionnement est constaté. Le deuxième avantage est d’ordre commercial. Avec la fermeture des frontières de la Chine aux déchets en 2018, il est devenu nécessaire de recycler des volumes de plus en plus important localement et de trouver des exutoires. Pour cela, il faut être en mesure de certifier la pureté des flux en sortie de centre de tri afin que les recycleurs puissent en tirer le meilleur parti. Je pense par exemple à un papetier de l’est de la France qui récupère des flux importants de papier à recycler pour tirer de la presse quotidienne. Il doit s’assurer au préalable du niveau de qualité des papiers entrants pour garantir la qualité de sa pâte à papier. LIXO permet d’évaluer la qualité des déchets entrants afin d’adapter le processus de traitement et même la tarification de sur traitement à leur qualité. Les données de caractérisation que nous restituons ont donc une valeur avérée sur l’intégralité de la chaîne. On peut même apporter une valeur ajoutée au-delà de cette chaîne de valeur : en analysant les déchets collectés, on peut avoir une vision très précise du taux de captage des emballages mis sur le marché. C’est une donnée très difficile à estimer en temps normal, mais dont nous disposons à une échelle locale précise.

 

Votre entreprise est toute récente, avez-vous des pilotes en cours et quels sont les premiers retours ?

Nous avons des pilotes avec des collecteurs et centres de tri en Bretagne, Ile-de-France, Centre - Val de Loire et bientôt dans le sud de la France. Leurs retours montrent que la partie tableaux de bord constitue un véritable atout par rapport à ce qui existe sur le marché. Nous souhaitons désormais nous assurer que les utilisateurs tirent la plus grande valeur opérationnelle de ces indicateurs en se familiarisant avec ce nouveau type d’outil. Nous avons aussi de gros projets pour 2021 sur toute la chaîne de valeur avec des centres de tri et des recycleurs. En parallèle, nous avons un gros chantier R&D et mobilise 25% de nos ressources afin de s’assurer de la pertinence de nos outils et algorithmes.

 

Comment avez-vous été accompagnés dans votre développement ?

Nous bénéficions d’un réseau de soutien très performant. Pour nous développer, nous avons eu des revenus des pilotes et, plus récemment, un prêt donneur de l’accélérateur de start-up Wilco ainsi qu’une bourse French Tech Emergence de la BPI destinée aux start-up de la deeptech. Nous avons aussi été incubés à Polytechnique pendant 6 mois avec un coup de pouce financier et bénéficions actuellement de l’accompagnement de l’incubateur Agoranov spécialisé dans les sciences et techniques.

 

Quels sont vos enjeux à court terme ?

Depuis juin 2020, nous avons recruté des ressources sur chacune de ces 3 briques technologiques. Nous souhaitons continuer de renforcer la partie technique mais aussi opérationnelle et commerciale pour faire face à la concurrence. Notre enjeu est de déployer notre projet à grande échelle avec une mise en œuvre opérationnelle d’excellence : installation de l’équipement électronique, certification des équipements en matière de risque notamment  incendie, au risque auquel l’industrie du recyclage est très exposée. D’ailleurs, l’un des cas d’usages sur lesquels nous travaillons est l’identification des objets dangereux dès leur arrivée dans le centre de tri.

 

Afin de poursuivre le développement de LIXO, quels jalons vous êtes-vous fixés ?

Nous avons 3 grands projets pour 2021. Tout d’abord, nous préparons une levée de fonds que nous souhaitons clôturer mi-2021 afin de structurer et de financer notre développement - notamment à l’international - et notre R&D. En parallèle, nous avons un grand chantier  opérationnel/produit afin d’être en mesure de livrer rapidement et efficacement nos clients. Enfin, nous souhaitons structurer notre approche commerciale pour dépasser la phase de pilote. Notre priorité est de démontrer à nos clients que nous sommes en mesure de déployer notre solution avec une excellence opérationnelle. L’industrie du recyclage est un métier complexe et dont la logistique ne supporte aucune friction. Nous devons être à la hauteur des attentes de nos clients et lever certains a priori à l’égard des start-up grâce à notre professionnalisme. Cela passe par notre capacité à faire travailler des équipes R&D très pointues et des profils très terrain pour que les technologies LIXO soient efficacement mises à profit. Nous souhaitons enfin étendre notre solution à d’autres cas d’usage hors déchets ménagers et sommes intéressés pour établir des partenariats avec d’autres professionnels, notamment pour la caractérisation des déchets en entrée d’unité de méthanisation ou de valorisation énergétique.

 

Vous qui arrivez avec un oeil neuf, quel regard portez-vous sur la filière du recyclage ?

Tout d’abord, je suis marquée par la complexité de cette filière en France mais aussi dans chacun des pays dont le fonctionnement, la cohabitation public-privé et les circuits de financement sont différents. Par ailleurs, les intérêts divergents des différents acteurs - prestataires de services, recycleurs, metteurs sur le marché - peuvent être source d’incompréhension pour le quidam. De manière inversement proportionnelle, je constate une très forte implication professionnelle de nos interlocuteurs qui aiment vraiment ce qu’ils font et travaillent de manière acharnée pour que nous vivions dans des villes propres et puissions valoriser nos déchets au mieux.

 

Comment envisagez-vous votre collaboration avec TEAM2 ?

En intégrant le pôle TEAM2, nous souhaitons collaborer avec d’autres acteurs de la filière afin de structurer des chaînes de valeur avec des objectifs et problématiques en commun. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’écosystème de TEAM2 qui rassemble de très belles entreprises françaises qui sont encore meilleures lorsqu’elles collaborent ensemble pour industrialiser des solutions à très grande échelle continentale voire mondiale !

 

Amandine Clémençon pour TEAM2 | Date de publication : 10 décembre 2020