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ENTRETIEN. Michel Millares, fabricant de biocarburant respectueux de l’environnement

Docteur en matériaux de formation, Michel Millares a co-fondé GECCO en 2007 après un parcours professionnel dans le secteur de l’environnement, la qualité et la certification. Il nous parle ici de ses convictions sociales et solidaires et de l’innovation qui sont au cœur du projet d’entreprise de cette PME dynamique.

 

Vous décrivez GECCO comme un acteur de l’économie circulaire mais aussi de l’économie sociale et solidaire…

Tout à fait. Notre démarche consiste à créer, pour un type de déchet, la filière de valorisation la plus locale et la plus éco-conçue possible. Pour cela, en amont de nos projets, nous réalisons une analyse en cycle de vie qui permet de déterminer leur impact économique mais aussi social et environnemental. Nous sommes à la fois acteur de l’économie circulaire et de l’économie sociale et solidaire car notre approche vise à créer de l’emploi et des partenariats en local, et à valoriser les ressources sur le territoire où les déchets sont produits. D’ailleurs, notre politique sociale reflète nos convictions. Par exemple, nous avons mis en place un ratio limitant les écarts entre les salaires, plusieurs salariés sont associés à l’entreprise, nous privilégions le recrutement de travailleurs au chômage et accueillons des étudiants en formation professionnelle.

 

Quels types de déchets valorisez-vous ?

Chez GECCO, nous réalisons la collecte et la valorisation des déchets issus de la restauration tels que les huiles de friture, les biodéchets et le marc de café. A ce jour, nos gisements viennent de la restauration et des industries agro-alimentaires ; nous travaillons d’ailleurs depuis 2014 avec le groupe McCain. Nous avons développé notre propre procédé de valorisation des huiles de friture en biocarburant destiné aux flottes professionnelles et aux services publics, en partenariat avec l’Institut Charles Viollette de l’Université de Lille. Quant aux biodéchets, ils sont collectés et regroupés puis envoyés sur des sites de compostage ou de méthanisation, mais nous cherchons à intervenir sur plus d’étapes dans la filière des biodéchets.

 

Comment l’idée de GECCO a-t-elle germé ?

En 2005, les biocarburants de première génération faisaient l’objet de nombreuses critiques car leur fabrication nécessitait la culture intensive de plantes et l’importation d’huile de palme. Paradoxalement, pour les huiles alimentaires, seuls les plus gros producteurs de déchet étaient collectés. Ainsi, l’idée de départ de GECCO s’est portée sur le développement de la collecte à tous les producteurs et sur l’amélioration des procédés de fabrication des biocarburants pour les rendre plus respectueux de l’environnement. J’ai co-fondé GECCO en 2007 avec Julien Pilette et, dix ans plus tard, notre projet s’est concrétisé avec le lancement d’une unité pilote. En 2017, nous avons ainsi commencé à expérimenter la fabrication de biocarburants destinés aux véhicules publics de la métropole de Lille, de Charleville Mézières et de l’agglomération de Béthune. Et en 2019, une phase de développement a été amorcée avec le projet de création de nouvelles unités de production.

 

Comment avez-vous été soutenu dans vos projets d’innovation ?

Notre processus d’innovation a été stimulé par l’appui fort de partenaires sur le territoire. Au niveau de la R&D, nous avons bénéficié de l’éco-système de l’incubateur de l’Université Lille I. Nous avons également reçu le soutien de structures privées, telle que l’entreprise Mac Cain pour le projet de recyclage des huiles de friture. Sur le plan commercial, la métropole de Lille a été la première collectivité à utiliser les biocarburants produits par GECCO. Enfin, le MTES et la DGEC ont donné leur accord provisoire pour expérimenter le biocarburant alors qu’il n’était pas encore totalement normé. En matière de financement, la construction de notre unité de biocarburant à l’échelle régionale a été financée en grande partie par des investisseurs privés - à hauteur de 1,4M€ - et a reçu le soutien de la Région Haut-de-France, de l’Union Européenne (financement Life), de la BPI et de la Caisse des Dépôts et Consignations.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour GECCO ?

Notre priorité est d’obtenir une autorisation définitive pour passer à l’exploitation de notre unité de fabrication. Nous souhaitons également développer des filières de valorisation d’autres déchets, notamment les biodéchets et le marc de café, toujours dans cette optique d’économie sociale et solidaire.

 

Envisagez-vous d’étendre votre modèle à d’autres territoires ?

Aujourd’hui nous collectons sur tous les Haut-de-France en partenariat avec l’entreprise d’insertion Récup Tri. En parallèle, nous sommes en train de développer un réseau de partenaires que nous accompagnons sur tout le territoire en Rhône-Alpes, Bourgogne, dans les Ardennes, en Normandie. Nous avons d’autres candidatures en cours dans le Sud et l’Ouest… Nous transmettons notre savoir-faire et nos technologies à des partenaires qui partagent nos valeurs d’économie sociale et solidaire : conjuguer démarche innovante et développement du dynamisme et de l’emploi à l’échelle locale.

 

Dans votre activité, quels enjeux avez-vous identifié pour l’avenir ?

Le premier enjeu concerne la maîtrise des prix des biocarburants car la forte demande en huile de friture recyclée tire les prix vers le haut. Je pense qu’un second enjeu a trait à l’évolution des gisements de biodéchets : seront-ils suffisant pour alimenter tout le parc de méthaniseurs à terme ? Enfin, le changement de comportement des consommateurs est un objectif fort qui implique d’inciter davantage à l’utilisation des matériaux et des énergies renouvelables qui sont plus chers.

 

Et pour la filière du recyclage de manière générale…

Je pense qu’il est nécessaire d’adapter les contraintes réglementaires notamment les critères de conformité des sites de valorisation des déchets (biodéchets notamment). Il faudrait également apporter une aide au financement de la mise en conformité de ces sites. Par ailleurs, afin de développer le recyclage, les obligations légales de tri à la source devraient être appliquées, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les surcoûts générés par le tri sont dissuasifs et il n’y ni incitation ni contrôle à l’heure actuelle. Il faudrait faire en sorte que la réglementation soit appliquée et encourager ceux qui la respectent.

 

Comment peut-on aider les PME comme GECCO à innover ?

Les PME ont besoin d’être accompagnées dans la recherche de partenaires scientifiques pour la R&D et de bénéficier de l’appui des partenaires publics et privés. En cela, TEAM2 est présent en nous aidant à monter des consortiums, à faire du lobbying et monter des projets de R&D.

 

Quels sont vos objectifs pour 2020 ?

En 2020, nous souhaitons lancer la filière biocarburant en passant du pilote à l’industrialisation, c’est à dire réussir la normalisation de notre unité de fabrication et concrétiser la commercialisation avec un modèle économique viable. Cela démontrera ce à quoi nous croyons depuis des années !

 

Date de publication : 30 janvier 2020