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ENTRETIEN. PHILIPPE LORBAN, DE L’EXPERTISE EN TRAVAUX VRD AU LAVAGE DES DEBLAIS

LORBAN TP est une entreprise familiale du BTP qui n’a cessé de se développer sous l’impulsion de 3 générations de dirigeants. Nouvel axe de développement, l’activité de recyclage des déblais du BTP se développe avec notamment la création d’une installation de lavage des produits issus du terrassement et de la déconstruction. Philippe Lorban, actuel dirigeant de cette entreprise familiale, nous parle de ce projet monté en collaboration avec TEAM2.

 

Pourriez-vous me présenter votre entreprise ?

Lorban TP est une entreprise familiale fondée en 1972 par mon père, Robert Lorban. Je suis arrivé dans la société en 1979 et j’en ai repris la direction en 2001. Partie d’une poignée de compagnons en 1972, nous sommes aujourd’hui un groupe de plus de 300 salariés qui réalise un chiffre d’affaire de 42 millions d’euros. Mon fils, Guillaume est la troisième génération qui se prépare à diriger la société. Je ne voudrais pas oublier ma mère et mon épouse qui ont participé elles aussi à cette réussite familiale. La transmission est un acte de gestion de capital pour la pérennité de l’entreprise.

 

Avant de vous orienter vers le recyclage, vous êtes historiquement une entreprise du BTP

Nos compagnons possèdent la maitrise de différents métiers du BTP. Notre activité historique et principale reste la pose de réseaux d’assainissement et d’eau potable. Nous réalisons également des travaux de voirie, de désamiantage, de déconstruction et de dépollution et bien entendu le regroupement, le tri et la valorisation des déchets du BTP. Nos donneurs d’ordre sont en majorité les Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (collectivités locales) et les bailleurs sociaux de notre territoire mais nous travaillons également pour des entreprises privées comme Dalkia, GRT Gaz ou encore MCA. Nos activités de démolition et de désamiantage possèdent les qualifications et certifications Qualibat 1112 et AFAQ. Notre centre de tri ainsi que nos unités de production d’enrobés et de béton prêt à l’emploi possèdent de nombreuses qualifications et certifications dont Qualirecyle BTP depuis 2019. Dans le cadre de nos activités en interne, nous appliquons les démarches ISO9001 et ISO14001 (respect et traitement des déchets, management qualité, organisation, etc.).

La création de sociétés satellites sont venues enrichir notre offre de prestation : Sambre Bat pour les métiers du second œuvre, Hauts-de-France Construction pour les travaux de maçonnerie, BGC spécialisé en ouvrage de béton armé, Décovert Environnement pour la création et l’entretien des espaces verts et Lorban Immobilier qui développe une activité de promotion-construction immobilière.

 

Quelles activités avez-vous développées dans le recyclage ?

Avant les années 1990, le recyclage n’était pas une évidence, nous étions sur un modèle d’économie linaire : extraire, produire, consommer puis éliminer les déchets par enfouissement ou incinération. En 1995, nous avons fait l’acquisition d’un cribleur et d’un concasseur afin de débuter notre activité de tri et de valorisation des déblais de chantiers et adopter un modèle d’économie circulaire. Lorban TP est passé du statut de consommateur de ressources naturelles non renouvelables à producteur de nouvelles ressources issues du recyclage.

 

Quen est-il de votre projet de centre de lavage de matériaux ?

C’est avec ce projet que nous avons décidé d’intégrer TEAM2. Compte tenu de la problématique environnementale d’extraire des sables alluvionnaires de mer et de rivière, nous avons cherché le moyen de produire nos propres sables à partir des déblais de chantier. Je me suis rendu dans plusieurs pays au nord de l’Europe afin de visiter des installations de valorisation et avec différents constructeurs nous avons élaboré un process adapté à nos exigences. Christian TRAISNEL, nous a accompagnés dans l’éligibilité au dispositif d’aides financières du FEDER, il a fait le lien avec les techniciens de la région des Hauts-de-France pour présenter, instruire et enregistrer notre dossier sur la plateforme régionale. Nous avons obtenu la labellisation de notre projet par le conseil d’administration de TEAM2. Il correspond aux enjeux de la troisième révolution industrielle portée par la région des Hauts-de-France.

 

A qui sera destiné ce centre de lavage de matériaux ?

Nos différentes installations de production de matériaux et notre plateforme de regroupement des déchets inertes sont au service des collectivités mais aussi des entreprises et artisans du BTP qui n’ont pas accès aux déchèteries conventionnelles. Une installation de ce type a ses limites en matière de volume mais également géographique ment pour être compétitif et réduire les émissions de carbone les chantiers ne doivent pas être éloignés de plus de 50 kilomètres. Cette exigence de proximité avec les gisements nous impose de créer plusieurs implantations afin de réaliser un maillage du territoire. Nous pourrons éventuellement apporter notre expérience et participer à ces nouvelles implantations.

 

A quel horizon voyez-vous le lancement de ce site ?

Nous sommes aujourd’hui dans l’attente de l’accord de subvention pour commander et installer le matériel. Nous avons hâte de réaliser nos premiers essais de production de sables et de gravillons. Si nous avons un feu vert du FEDER cet été, nous pourrions sortir les premiers sables au printemps 2021. Nous estimons à terme pouvoir valoriser un volume de 100 000 m3 par an.

 

Comment fonctionne le processus de lavage des matériaux ?

Le concassage et le criblage sont des pratiques courantes. Les déchets de chantier se caractérisent par leur hétérogénéité et sont souvent souillés de matériaux indésirables comme le bois, le plastique et le métal qu’il faut éliminer. Ce gisement est composé d’un volume important d’éléments inférieur à 4 mm dans lesquels se trouvent les sables valorisables et le limon argileux stérile. Une première opération de scalpage des éléments supérieurs à 80 mm est effectuée. Ils sont réduits par concassage avant d’être réinjectés dans le process. Les éléments passent par un débourbeur et une succession de cribles sous eau, ces opérations permettent d’isoler des fractions en 0/4 mm et d’éliminer les éléments flottants indésirables pour séparer le sable de l’argile. Ces fines sont ensuite cyclonées et les boues dirigées vers un filtre à presse pour permettre la récupération le traitement et le recyclage de l’eau dans le process. Le volume, de sable et de gravillons, valorisé représente 80% du volume initial du gisement brut.

 

Qui réutilisera ces produits valorisés ?

Cette production de ressources nouvelles et locales d’économie de matériaux sera utilisée pour la fabrication de béton prêt à l’emploi mais également dans les formules d’enrobés et dans la recomposition de grave pour servir en couche de fondation ou de remblais incompressibles. Ces produits valorisés seront également mis à la vente pour les entreprises extérieures ou les collectivités qui souhaiteraient les utiliser.

 

Quest-ce qui vous motive à développer cette démarche d’économie circulaire ?

Les travaux publics génèrent un volume important de déchets inertes non dangereux environ 250 millions de tonnes par an. Depuis plus de trente ans, nous nous efforçons de valoriser les déblais de nos chantiers de voirie et de déconstruction. Nous sommes convaincus que l’économie circulaire est synonyme de rentabilité, crédibilité et de responsabilité. Cette chaine de valeurs est un facteur de performances pour notre entreprise. L’ingénierie de l’économie circulaire offre à notre société des opportunités de développement, d’innovation et d’emplois. Ce n’est pas un projet uniquement économique mais également sociétal et environnemental. Nous avons, au fil du temps et des innovations, amélioré la qualité des matériaux recyclés. Aujourd’hui, nous mettons l’écologie au cœur de notre modèle économique qui permet une réduction de l’impact environnemental tout en développant une compétitivité et une performance économique. Le recyclage est un mode de consommation vertueux qui donne une nouvelle vie aux matières usagées, qui réduit l’exploitation de la roche massive non renouvelable. Une nouvelle ressource locale est créée afin de préserver les espaces naturels et terrains agricoles, des dépôts sauvages. Cela apporte également une solution aux préoccupations logistiques par un circuit court avec une absence de rupture de charge. Toutes ces pratiques luttent contre les gaz à effet de serre.

 

Quels freins rencontrez-vous dans le développement du recyclage ?

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte a prévu plusieurs dispositions fortes en faveur du recyclage. Il est demandé à l’état et aux collectivités d’utiliser 60% de matériaux issus du recyclage des déchets dans la construction routière en 2020, nous sommes très loin d’atteindre cet objectif. En effet, nous constatons que dans la rédaction des cahiers des charges des appels d’offres de travaux il n’est peu ou pas mentionné l’utilisation de matériaux recyclés. Les techniciens des EPCI affichent une certaine défiance sur l’emploi de matériaux issus du recyclage. Le pouvoir politique doit faire appliquer la loi. Pragmatisme et bon sens seraient les bienvenus dans les appels d’offres.  

 

Le dynamisme de LORBAN TP en matière de recyclage est-il partagé par les autres entreprises du secteur ?

Toutes les entreprises du BTP sont concernées par le recyclage et la valorisation des déchets. Les chantiers du BTP produisent 250 millions de tonnes de déchets par an. Les fédérations régionales se sont mobilisées, des commissions se sont formées et travaillent sur l’identification et la caractérisation du gisement. Les expériences de chacun sont partagées et des propositions pour la valorisation et l’application des éco-matériaux dans nos chantiers sont avancées. Les entreprises du BTP sont dans l’obligation de trouver des solutions.

 

Quels sont vos objectifs pour LORBAN TP ?

Notre compétitivité dépend de la gestion et de l’optimisation de la masse totale des charges de notre activité, qui se divise en trois pôles équivalents : la main d’œuvre, le matériel et les matériaux. Le personnel est la première richesse de l’entreprise, c’est pourquoi notre équipe RH doit développer le recrutement et la formation du personnel. Pour renforcer notre indépendance, optimiser nos performances et renforcer notre crédibilité, nous réalisons chaque année des investissements importants pour renouveler et accroitre notre parc matériel. Nous avons également fait le choix d’investir dans des unités de production de matériaux prêts à l’emploi avec l’implantation d’une centrale à béton et d’une centrale d’enrobés. La gestion de ces trois pôles nous permettra de maintenir et conforter notre positionnement régional en accompagnant progressivement un développement géographique. L’amélioration de la combinaison des trois pôles, nous permettra de répondre aux exigences qualitatives de nos clients tout en maintenant une proximité avec tous nos collaborateurs.

 

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la deuxième partie de lannée ?

Nous souhaitons que nos donneurs d’ordres maintiennent leurs investissements et qu’ils continuent de lancer des appels d’offres qui nous apportent la visibilité et la confiance dont nous avons besoin pour sécuriser les emplois. Nous souhaitons particulièrement que notre projet de valorisation par voie humide se concrétise et mette en lumière notre région de la Sambre !

 

Par Amandine Clémençon pour TEAM2 | Date de publication : 09 juillet 2020