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Joost Schollaert - Galloo Plastics - en quelques mots

           

 

Au fil d’un entretien sans filtre, un acteur du recyclage nous fait découvrir son univers en 10 mots. Professionnel de la plasturgie, engagé pour l’innovation et la coopération, le dirigeant de Galloo Plastics se prête au jeu.

 

HISTOIRE. « En 1997, Hugues de Féraudy s’allie au groupe Galloo pour fonder Galloo Plastics. Le premier est expert du tri des plastiques et le second apporte les gisements de plastiques post-consommateur issus de l’automobile et des DEEE. Aujourd’hui, nous traitons plus de 50 000 tonnes de matière par an. Une boucle de recyclage est créée, notamment entre les véhicules en fin de vie et les nouvelles voitures fabriquées avec les plastiques recyclés. »

 

PROCESS. « Nous récupérons les résidus de broyage issus de la déconstruction de véhicules, de DEEE et des déchets industriels et ménagers. Une première étape permet de séparer par flottaison  les impuretés - caoutchouc, métaux, bois - des matières thermoplastiques qui sont ensuite lavées et triées. Le tri permet de séparer les polypropylènes et les polyéthylènes des polystyrènes et ABS. Après compoundage et extrusion, le produit fini peut être expédié et intégré dans de nouvelles fabrications de pièces plastiques pour les véhicules, d’équipements électriques et même dans des crayons… Un contrôle continu permet de suivre les propriétés mécaniques ainsi que l’élimination des substances nuisibles dans la matière pour qu’elle réponde aux normes REACH et ROHS. »

 

PARCOURS. « J’ai longtemps travaillé dans l’industrie de l’emballage et de la plasturgie au sein du groupe Berry bpi. Dans le secteur de l’emballage alimentaire, l’enjeu environnemental est de réduire l’épaisseur du film et le poids du packaging car l’intégration de matières recyclées est actuellement impossible pour des raisons de traçabilité. »

 

MOTIVATION. « En rejoignant Galloo Plastics, j’avais deux motivations fortes. La première était de devenir acteur d’une solution au service de l’environnement car nous avons une responsabilité vis-à-vis des prochaines générations. La seconde était d’accroître la visibilité de Galloo Plastics au-delà de nos frontières afin de gagner des parts de marché dans le secteur de l’industrie automobile européen. »

 

VISION. « L’intérêt pour l’économie circulaire ne cesse de croître avec le Green Deal de l’Union Européenne. Cela pousse à une intégration croissante des matières recyclées dans la production car la Commission Européenne a fixé un objectif de 10 millions de tonnes de plastiques recyclés d’ici 2025. Pour y parvenir, le secteur regroupe 3 types d’acteurs décisifs : quelques grands groupes pétrochimiques, des acteurs de la collecte des déchets et une constellation majoritairement de petites structures ayant un réel savoir-faire technologique mais des leviers de développement plus limités. Il faut donc absolument que ces entreprises travaillent ensemble afin de relever ce défi : répondre aux besoins de la plasturgie en qualité et en quantité et atteindre les 10 millions de tonnes de plastiques recyclés en 2025. » 

 

DEFIS. « Le défi majeur de notre filière est de travailler en mode collaboratif afin d’intégrer de nouveaux flux de déchets. Nous devons aussi favoriser le traitement des gisements de déchets locaux plutôt que leur incinération car nous constatons parfois qu’il existe des déchets sur notre territoire proche alors que nous en traitons qui viennent de pays limitrophes ! Si l’on augmente la capacité de production de matière plastique recyclée, nous devons aussi lui trouver de nouveaux débouchés. Nous sommes donc à un tournant et il est stratégique de lancer des projets collaboratifs avec la filière de la plasturgie pour atteindre l’objectif de 2025. Cependant, il existe encore des freins à l’intégration des plastiques recyclés qu’il faut lever. »

 

INNOVATION. « Nous investissons en R&D afin que 100% des thermoplastiques puissent être recyclés. Galloo Plastics détient ses propres brevets de séparation et de traitement dense. Notre bureau d’études collabore avec notre société soeur AdRem sur l’implantation d’une nouvelle usine au Japon en partenariat avec le groupe Toyota et fondée sur les brevets de Galloo Plastics. »

 

JEUNES DIPLÔMES. « Même si notre environnement de travail n’est pas 100% propre, j’encourage les jeunes diplômés à rejoindre l’industrie du recyclage car elle a besoin de connaissances et d’esprits ouverts pour participer à l’augmentation des volumes, des matières traitées et l’amélioration de leur pureté. Les problématiques sont multiples : ACV, écoconception, prise en compte des contraintes de la plasturgie… C’est un terrain de jeu où l’on peut construire afin de faire face à la pénurie de matières vierges et contribuer à transmettre la planète aux prochaines générations. »

 

TEAM2. « Nous participons au projet collaboratif Rustine avec TEAM2, l’Université de Lille, Armines et des acteurs de la plasturgie. L’objectif pour Galloo Plastics est d’intégrer des plastiques recyclés dans la fabrication des pièces intérieures des véhicules, ce qui n’est pas possible aujourd’hui à cause des émissions et des odeurs. Les sociétés Wipak et Nutripack participent également à ce projet afin de mettre au point une technologie permettant d’arriver à un grade alimentaire. »  

 

2021. « Nous espérons retrouver une stabilité dans notre activité, notamment pour nos collaborateurs. Nous allons poursuivre les investissements initiés dès 2020 en accord avec le nouveau règlement de la Convention de Bâle en vigueur depuis le 1er janvier 2021 qui a stoppé les exportations hors Europe. Or, il s’agissait d’un marché important pour le PS/ABS ; cela nous pousse donc à trouver de nouveaux marchés pour ces gisements. Nous souhaitons aussi mettre en place une plateforme de coopération avec les recycleurs et les consommateurs du secteur de la plasturgie afin d’apporter des solutions aux défis du plastique recyclé. »

 

Propos recueillis par Amandine Clémençon pour TEAM2. / Date de publication : 18 mai 2021